Pourquoi on sait encore si peu de choses sur le SPM
Iris de LummiesShare
Bonjour les Lummies 💜
12 %.
C’est la proportion de femmes concernées par le syndrome prémenstruel en France, d’après une méta-analyse mondiale.
En Iran, la même méta-analyse dit 98 %.
Même syndrome. Même étude. 86 points d’écart. Et non, les Iraniennes ne sont pas huit fois plus concernées que nous.
Ce chiffre résume mieux que n’importe quelle phrase l’état des connaissances sur le SPM : on ne sait pas combien de femmes il touche, on ne sait pas ce qui le cause, et on ne le mesure pas pareil d’un pays à l’autre.
Combien de femmes ? Choisis ton chiffre
L’Inserm parle de 20 à 40 % des femmes en âge de procréer, avec un handicap réel dans environ 5 % des cas.
La méta-analyse mondiale donne 47,8 % en moyenne — avec nos fameux 12 % et 98 % aux extrêmes.
L’enquête nationale suisse de 2007 trouve que 91 % des femmes rapportent au moins un symptôme. Mais 10,3 % seulement cochent les critères d’un SPM constitué.
C’est cette dernière ligne qui explique le désordre.
« Ressentir un symptôme » et « avoir un syndrome prémenstruel », ce n’est pas la même chose. Les deux sont confondus en permanence — y compris, disons-le, par des marques qui ont tout intérêt à ce que le chiffre soit gros.
La prochaine fois que tu vois passer « 3 femmes sur 4 souffrent de SPM » : le chiffre d’origine parlait presque toujours d’« au moins un symptôme ».
Nous, on cite les deux, avec leur définition. C’est moins percutant. C’est vérifiable.
Et la cause ? Personne ne sait
L’Inserm ne s’embarrasse pas de nuances : « les causes de ce syndrome restent floues ». Une revue scientifique de 2023 dit exactement la même chose en plus long.
Ce qu’on soupçonne : les variations d’œstrogènes et de progestérone après l’ovulation jouent un rôle. Supprimer ces variations fait disparaître les symptômes, ce qui est un indice sérieux.
Mais voilà le truc : les taux hormonaux des femmes qui ont un SPM sévère sont normaux. Identiques aux autres. Ce ne serait donc pas une question de « trop » ou « pas assez » d’hormones, mais de sensibilité à leurs variations.
Et cette sensibilité, personne ne l’explique. Les études sur des jumelles pointent une part génétique. Aucun gène n’a été identifié.
C’est précisément dans ce vide que se glissent les promesses commerciales. Quand on ne sait pas ce qui cause quelque chose, on ne peut pas prétendre le corriger. Personne ne le peut. Nous non plus.
Le diagnostic non plus n’est pas fiable
Le chiffre qui m’a le plus sciée : dans une enquête française en population générale, seules 36 % des femmes diagnostiquées avec un SPM répondaient encore aux critères un an plus tard.
Deux explications possibles, aussi dérangeantes l’une que l’autre. Soit le syndrome bouge beaucoup plus qu’on ne le croit. Soit nos outils de diagnostic ne valent pas grand-chose.
Concrètement : une femme peut s’entendre dire une année qu’elle a un SPM, et l’année suivante que non. Sans que rien n’ait changé dans ce qu’elle vit.
1993
Retiens cette date.
En 1977, l’agence américaine du médicament recommande d’écarter toute femme en âge de procréer des essais cliniques de phase I et II. L’intention est protectrice, après plusieurs scandales sanitaires. L’effet, lui, est massif : pendant seize ans, une bonne partie de la recherche médicale se fait sans elles.
L’exclusion n’est levée qu’en 1993.
1993. Des femmes qui ont cinquante ans aujourd’hui étaient au lycée. Le rapport des académies américaines des sciences publié en 2025 note que la représentation s’est nettement améliorée depuis — tout en concluant qu’il manque encore des financements.
Précision d’honnêteté, parce que je m’y suis engagée : ces textes sont américains. Je n’ai pas trouvé d’équivalent français aussi documenté, et je ne vais pas transposer un chiffre d’un pays à l’autre pour que la phrase claque mieux. Mais la littérature sur laquelle s’appuient les médecins français vient en grande partie de là.
Ce que ça coûte, pendant ce temps
Ce n’est pas un débat de laboratoire. Le SPM est associé à une qualité de vie dégradée, à une baisse de productivité au travail, à un sommeil de moins bonne qualité, à un recours accru aux soins. Sur des populations entières.
Et quand une chose est mal définie, mal financée et mal enseignée, elle finit toujours par être renvoyée à celle qui la vit. « C’est normal. » « C’est dans la tête. » « Toutes les femmes ont ça. » Trois phrases qui ne sont pas des diagnostics, mais des façons de mettre fin à la conversation.
Et moi là-dedans ?
Je construis une marque de compléments alimentaires. J’ai donc un intérêt commercial évident à ce que tu penses que le SPM est un immense problème et que j’ai la solution.
C’est exactement pour ça que je préfère écrire les choses à l’endroit.
On ne sait pas ce qui cause le SPM. Aucun complément alimentaire ne le traite — la loi interdit même de le prétendre, et elle a raison. Ce qu’on peut faire : afficher nos sources, expliquer nos choix d’ingrédients, dire ce qu’une gomme ne fera jamais, et parler d’un sujet que la recherche a mis quarante ans à prendre au sérieux.
Le reste, ce sont des promesses. Il y en a déjà largement assez sur ce marché.
À bientôt,
L’équipe Lummies 🐰